Bien dormir à Paris malgré le bruit et le stress
Un scooter qui accélère à 1 h, la chaleur qui stagne sous le zinc en juillet, l'enseigne d'en face qui éclaire le plafond : dormir en ville demande quelques arrangements. Voici ceux qui marchent, appartement par appartement.
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La capitale n'est pas la ville la plus bruyante d'Europe, mais elle est dense : des immeubles serrés, des rues étroites où le son rebondit d'une façade à l'autre, des chambres souvent petites et peu de recul sur la rue. On peut très bien y dormir, à condition de prendre la ville telle qu'elle est et d'organiser sa nuit en conséquence. Ce qui suit vaut aussi pour Lyon, Marseille ou Lille, avec quelques détails propres à Paris.
Le bruit : savoir d'où il vient
Regarder la carte avant de déplacer les meubles
En Île-de-France, le bruit des transports est cartographié par Bruitparif, l'observatoire régional de l'environnement sonore. Ses cartes de bruit sont consultables par tous : on y voit, rue par rue, les niveaux du trafic routier, ferroviaire et aérien, dont un indicateur de nuit, le Ln, qui correspond au niveau sonore moyen entre 22 h et 6 h. Ce sont des modélisations, pas des mesures prises sous votre fenêtre, mais elles donnent une idée honnête de l'exposition d'une façade. Le réflexe est utile avant de signer un bail, ou simplement pour comprendre pourquoi la chambre côté boulevard réveille plus que celle côté cour.
Quelques ordres de grandeur, tirés du bilan publié par la Ville à partir des cartes de 2022 : environ 86 600 habitants, soit 4 % de la population, vivaient au-dessus du seuil réglementaire de nuit, fixé à 62 dB(A) en Ln. La même année, les stations permanentes de Bruitparif relevaient une moyenne nocturne de 76,4 dB au bord du boulevard périphérique, porte d'Auteuil, et de 64,9 dB place Saint-Michel. La grande majorité des habitants dorment donc loin des valeurs les plus fortes, mais quelques dizaines de mètres ou une façade de plus changent beaucoup de choses.
Chambre côté cour, vitrage et joints
Si l'appartement le permet, la chambre se place côté cour. Échanger la chambre et le bureau, ou la chambre et le salon, fait souvent plus que n'importe quel équipement. Quand ce n'est pas possible :
- le vitrage compte, mais les fuites aussi : un double vitrage posé dans un vieux cadre qui ferme mal laisse passer le son par les interstices. Des joints neufs, un bas de porte et des rideaux épais forment un ensemble ;
- le lit s'écarte de la fenêtre et du mur mitoyen avec la cage d'escalier ;
- les bouchons d'oreilles en mousse restent la solution la moins chère. Il faut souvent essayer deux ou trois modèles avant de trouver le bon.
Le bruit blanc contre les pics
En ville, ce n'est pas tant le niveau moyen qui réveille que les pics : la moto qui démarre au feu rouge, la benne à ordures de 6 h, les éclats de voix à la fermeture d'un bar. Un bruit de fond continu, ventilateur, petit appareil à bruit blanc ou application, réduit l'écart entre le calme et le pic. Nous détaillons ces réglages, avec le placement du lit, dans notre guide pour aménager une chambre propice au sommeil.
La chaleur sous les toits
Les derniers étages, ces anciennes chambres de bonne sous le zinc, sont charmants en avril et éprouvants en juillet. Toute la ville garde la chaleur : Météo-France explique que la pierre, le béton et le bitume emmagasinent l'énergie du soleil pendant la journée et la restituent la nuit, quand la campagne alentour se refroidit. Pendant la canicule d'août 2003, l'organisme a relevé des écarts nocturnes de plus de 8 °C entre la capitale et ses environs. C'est ce que l'on appelle l'îlot de chaleur urbain.
La règle tient en deux temps.
- Le jour, tout fermer : volets, stores, rideaux et fenêtres, dès que le soleil touche la façade. Une protection extérieure arrête la chaleur avant la vitre ; un rideau intérieur ne la freine qu'après.
- La nuit, tout ouvrir : dès que l'air de la rue devient plus frais que celui de l'appartement, souvent tard, on crée un courant d'air entre deux façades si l'on en a deux. Un ventilateur placé face à une fenêtre ouverte aide l'air frais à entrer.
Réverbères, enseignes et fenêtres d'en face
La nuit urbaine n'est jamais tout à fait noire. Réverbères, vitrines restées allumées, enseignes, fenêtres des voisins : la lumière entre dans la chambre et peut avancer le réveil, surtout en fin de nuit. Des rideaux occultants qui dépassent largement la fenêtre, ou une doublure cousue derrière les rideaux existants, règlent l'essentiel. Dans une location où l'on ne peut rien percer, une tringle extensible ou un film occultant amovible collé sur la vitre dépannent très bien. Le masque de nuit reste l'option la plus simple. Pour comprendre pourquoi la lumière pèse autant sur l'heure du réveil, voyez notre article sur l'horloge interne et la lumière.
Le stress et les transports
Décompresser avant de passer la porte
Trois quarts d'heure de métro bondé, une correspondance ratée, un RER à l'arrêt entre deux gares : beaucoup de Franciliens arrivent chez eux plus tendus qu'ils n'ont quitté le bureau. La soirée sert alors de sas, et quelques idées ne demandent pas de temps en plus :
- descendre une station plus tôt et finir à pied, un quart d'heure de marche pour changer d'air ;
- dans la rame, ranger les messages du travail et écouter quelque chose de lent ;
- en arrivant, un geste qui marque la fin de la journée : se changer, prendre une douche, ouvrir la fenêtre dix minutes.
Garder des horaires réguliers
La ville pousse aux couchers tardifs : dîners entre amis, séance de cinéma à 22 h, terrasses qui se prolongent en été. Rien de grave de temps en temps. Ce qui aide le plus, c'est de garder une heure de lever à peu près fixe, y compris le week-end, et de laisser l'heure du coucher suivre la fatigue. Si l'esprit continue de tourner une fois la lumière éteinte, notre article pour s'endormir plus vite propose une méthode simple : se lever plutôt que lutter.
Ceux qui rentrent quand la ville se réveille
Serveurs, boulangers, personnel hospitalier, agents de propreté, chauffeurs de nuit : une partie de la ville dort le jour, au moment où la rue est la plus bruyante. Pour eux, l'obscurité complète et le bruit de fond deviennent indispensables, et nous leur consacrons un article à part sur les horaires décalés.
Ce que la ville offre aussi
Dormir en ville, ce n'est pas seulement composer avec des contraintes. Les parcs et les quais permettent de marcher le matin à la lumière du jour, ce qui aide l'horloge interne à se caler. Les trajets à pied ou à vélo dépensent une énergie que l'on retrouve le soir. Et les soirées d'été qui finissent tard valent parfois bien une nuit un peu courte. Une chambre sombre, à peu près calme, et un lever régulier : avec ces trois points réglés, le reste devient une affaire de saison.


